Publié le 12/05/2016 - Mis à jour le 12/05/2016
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Le train-grue et les wagons-pupitres en action !

À une trentaine de kilomètres de Paris, la petite gare de Goussainville connaît une effervescence particulière en ce début de week-end d’octobre 2015. Un véritable ballet a débuté sur les voies, à quelques dizaines de mètres seulement des quais, à l’occasion du remplacement de 12 aiguillages. Deux nouveaux outils seront utilisés : le wagon-pupitre et le train-grue.

Reconnaissable à son architecture typique du 19e siècle, la gare de Goussainville, desservie par le RER D en direction de Creil, se situe sur la ligne ferroviaire Paris-Nord/Lille.  Cette gare de banlieue parisienne se prépare à vivre un week-end d’octobre exceptionnel. Plusieurs autres suivront jusqu’à fin novembre.

Tandis que les trains de la ligne D du RER continuent de circuler normalement, une quinzaine d’agents équipés de gilets fluorescents et de casques, s’affaire à proximité des voies. Chacun d’entre eux semble connaître parfaitement la partition qu’il a à jouer. Cela fait déjà une semaine qu’ils sont à pied d’œuvre pour préparer ce chantier hors du commun : le remplacement de 12 aiguillages.

Une intervention programmée très en amont

Dans le cadre du programme de surveillance du réseau Vigirail, l’état des aiguillages est étroitement surveillé. Leur remplacement éventuel est programmé longtemps avant les travaux eux-mêmes, jusqu’à 3 ou 4 ans en amont. Ce délai permet de planifier le très grand nombre de chantiers sur la région parisienne. Les équipes en charge de la maintenance du réseau avaient diagnostiqué, à l’époque, que l’exploitation des lignes passant par Goussainville pouvait encore se poursuivre en toute sécurité.

Hervé Brémand, directeur d’opération délégué à la direction des projets franciliens, explique : « Le réseau francilien est très dense : il représente 10 % du réseau national, 40 % du trafic et 70 % des voyages effectués. C’est un réseau fortement sollicité et qui, tout naturellement, a vieilli. Il nécessite donc des actions de modernisation, et un renouvellement rapide... »

C’est un réseau fortement sollicité et qui, tout naturellement, a vieilli

Nombreux trains à quai en gare de Paris Saint-Lazare

Accélération du programme de modernisation du réseau
 

Les remplacements d’aiguillages constituent l’une des priorités du plan Vigirail. Depuis son lancement, en octobre 2013, les opérations de renouvellement se multiplient, particulièrement dans les zones denses en Île-de-France. Ainsi, 480 aiguillages seront remplacés en 2016 (dont 175 en Île -de-France), contre 326 en 2013.

Une longue et minutieuse préparation

En observant le site où ont débuté, dès le matin, les longues opérations de dégarnissage (extraction du ballast sur une profondeur d'environ 20 cm) et de nettoyage, Nicolas Payen, directeur d’opération à la direction régionale Île-de-France, se remémore tout le travail préalablement effectué. Cela fait 8 mois déjà que ce chantier a été initié, notamment par la commande des aiguillages au fabricant (Établissement Industriel de la Voie – EIV, situé à Moulin-Neuf). Ensuite, il a fallu enchaîner de nombreux repérages pour définir comment allaient se dérouler les travaux, et leur progression au fil des week-ends. En effet, si les opérations préparatoires ont lieu de jour et en semaine, les interventions techniques se déroulent, quant à elles, uniquement les week-ends. Trois équipes se relaient, de nuit comme de jour, afin de limiter l’impact des travaux sur les circulations.

Trois équipes se relaient, de nuit comme de jour

Deux nouveaux outils permettent de mener à bien ces chantiers de grande ampleur : il s’agit du train-grue et du wagon-pupitre. Nicolas Payen, directeur d’opération à la direction générale Île-de-France, témoigne : « Le train-grue et les wagons-pupitre limitent au maximum les interruptions de circulation des trains durant les travaux. En cas de modification de la circulation, nous tâchons de réduire autant que possible l’impact pour les voyageurs. »

Le train-grue et les wagons pupitres limitent au maximum les interruptions de circulation des trains durant les travaux

De nouveaux moyens de production

Hervé, qui vient de rejoindre Nicolas, évoque l’époque, encore très récente, où les moyens modernes actuels n’existaient pas encore : « Il y a encore un an, les aiguillages étaient livrés en kit, par train ou par camion. Nous devions les monter dans des zones d’assemblage, puis les manipuler et les poser à l’aide de portiques spécialement construits à l’endroit où l’aiguillage prenait place. Cela demandait un temps fou, beaucoup d’espace, et les opérations de manutention, plus nombreuses et délicates, étaient très pénibles pour le personnel… »

Il y a encore un an, les aiguillages étaient livrés en kit, par train ou par camion

Mais, aujourd’hui, grâce aux wagons-pupitres et au train-grue, tout est différent. Plus besoin d’une zone de montage puisque l’aiguillage arrive par rail entièrement assemblé depuis l’usine de fabrication. De même, le portique de montage n’est plus nécessaire, remplacé par la grue de levage montée sur rail. Au final, le gain de temps est énorme et la facilité de manutention se traduit par une qualité optimale. Pour Hervé, « seuls ces nouveaux process industriels permettent d’optimiser le renouvellement des aiguillages et de faire face aux besoins actuels et à venir. »

Le gain de temps est énorme, et la facilité de manutention se traduit par une qualité optimale.

Un énorme lego se met en place

L’inclinaison des wagons-pupitre permet le transport d’aiguillages déjà assemblés

Le train-grue et les wagons-pupitre sont annoncés. L’organisation, dont le maître mot est « anticipation », a permis de faire circuler ces engins spéciaux en les intégrant dans le trafic des trains commerciaux. Olivier Joyaux, qui assure la maîtrise d’œuvre des travaux SNCF pour la région Paris Nord, s’assure que tout le monde est à son poste. La sécurité sur le terrain est sa préoccupation majeure car la zone est exiguë.

Entre les caténaires (mises hors tension), les poteaux électriques et la proximité des maisons, il faut optimiser les postes de travail de chacun.

L’organisation, dont le maître mot est « anticipation », a permis de faire circuler ces engins spéciaux en les intégrant dans le trafic des trains commerciaux.

 

Comme prévu, les wagons-pupitre arrivent, lourdement chargés, de Chambly, où se trouve l’usine de Moulin-Neuf. Ils ont parcouru 50 kilomètres pour acheminer ce premier aiguillage sur le chantier. Malgré les dimensions exceptionnelles de celui-ci, en largeur et en hauteur, la plateforme inclinable des wagons a rendu possible son transport en tenant compte de la circulation des autres trains, et des obstacles tels que les ponts. L’inclinaison des panneaux a même permis d’emprunter les tunnels, comme n’importe quel train.

Rapidité et efficacité

Le bras télescopique du train-grue se déploie

Le train-grue, véritable monstre de 128 tonnes, se positionne juste derrière les wagons-pupitre. Sous les feux puissants des projecteurs, la grue ne tarde pas à déployer son impressionnant bras télescopique horizontal. En position maximale, la flèche culmine à 27 mètres et peut soulever sans problème les 30 tonnes de l’aiguillage d’une longueur de 30 mètres.

Lampes frontales allumées, les ouvriers observent la première étape de la manœuvre qui consiste à retirer l’ancien aiguillage dont les fixations ont été soigneusement enlevées.

Lentement mais sûrement, l’aiguillage qui a fini son temps laisse le champ libre à celui qui, flambant neuf, sera déposé à sa place. Tout est calculé au millimètre près car durant les opérations, il faut prendre garde de ne pas déborder sur les voies voisines où le trafic ferroviaire se poursuit…Tandis que de grandes gerbes d’étincelles fusent des meuleuses en action, une pelleteuse répartit et nivelle le ballast.

Une équipe de nuit en plein travail sur un aiguillage

L’activité est à son comble et la nuit n’est pas encore terminée que, déjà, une nouvelle équipe arrive pour prendre le relais.

Dans quelques heures, elle va procéder à la pose de l’aiguillage : autant dire qu’il reste encore beaucoup de travail à accomplir jusqu’à la suspension du chantier lundi matin, dès l’aube.

C’est à ce moment-là que l’ancien aiguillage sera acheminé sur les wagons-pupitre aux ateliers pour y être recyclé.

Durant les opérations, il faut prendre garde de ne pas déborder sur les voies voisines où le trafic ferroviaire se poursuit

 

Établissement Industriel de la Voie du Moulin-Neuf 
 

L’Établissement Industriel de la Voie (EIV) dispose de plusieurs usines de fabrique de rails et d’aiguillages en France. En banlieue parisienne l’établissement est situé à Chambly, dans le département de l’Oise. Il fournit aux établissements chargés de la maintenance des voies une partie du matériel nécessaire au renouvellement ou à la création des installations fixes. C’est le plus gros site de fabrication d’aiguillages en France. Il produit plus de la moitié de ceux utilisés dans l'hexagone pour le compte de la SNCF. L'établissement existe depuis 1918.